La Serbie en vélo: Retrouvailles, défi et porteur d’espoir

Belgrade (SERBIE)-Vienne (AUTRICHE): Du 23/09/17 au 03/10/17

Aujourd’hui nous vous proposons un article un peu différent mais relatant quand même la suite de notre aventure. Exceptionnellement, nous avons décidé de déléguer sa rédaction et nous sommes ravis du résultat!

23 septembre 2017, 13h27:

L’avion d’AIR SERBIA se pose sur l’aéroport Nikolaï Tesla à Belgrade, en Serbie. Dans quelques minutes maintenant, je retrouverai Alexine et Bastien que je n’ai pas vu depuis 2 ans et demi. Dans la soute, mon vélo et à mes côtés une belle surprise…

Après avoir été greffé le 2 février 2017, j’ai rapidement repris une activité physique, marche à pied puis vélo. Seulement 3 mois et demi plus tard nous partons avec Louise, 3 ans et demi, Jeanne et moi une semaine sur la Vélodyssée en vélo-camping. Nous découvrons une nouvelle façon de voyager et apprivoisons les nuits à 3 degrés sous la tente. Plus tard, nous ferons plusieurs sorties de quelques jours avant de partir pour 3 semaines, en août, pour la descente du Canal du Midi à vélo. Ces sorties seront pour moi un réel entraînement physique avant de rejoindre nos cyclos-voyageurs préférés.

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Les CHENEREAU réunis

Dans le hall de l’aéroport nous nous serrons dans les bras pendant de longues minutes. La sensation de se retrouver entre frères est très intense, c’est un mélange de fierté et d’admiration réciproque. L’émotion pour nous quatre est très forte, des larmes de joie ruissellent sur nos joues. Ensuite, nous remontons rapidement nos vélos sur un parking et nous voilà aussitôt partis vers un camping pour prendre le temps de nous retrouver. Bastien nous prévient: « il y a un passage sur une 4 voies! ». En réalité, nous pédalons, vent de dos sur la bande d’arrêt d’urgence d’une autoroute pendant 10 km. À la sortie, nous traversons un bidonville, les enfants nous offrent de larges sourires mais c’est surtout la misère qui nous saute aux yeux.  Nous voilà, en moins d’une heure plongés à l’intérieur de l’aventure Tand’un Rêve. Arrivés au camping, nous déballons nos sacoches remplies de surprises: brioches, chocolats, reblochon…

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L’amour des frères…

Le lendemain nous partons à la découverte d’une Serbie rurale, où de nombreuses petites échoppes s’alignent le long des villages. Les villageois nous saluent joyeusement, ils se retrouvent par petits groupes devant leur maison pour ramasser des noix dans l’air tiède du début de l’automne. Le soir, nous découvrons comment s’organise le bivouac. Alexine repère où aller demander de l’eau. Nous nous arrêtons quelques kilomètres après car il n’est pas possible de rouler avec plusieurs litres d’eau sur le vélo, beaucoup trop lourd. Bastien part alors en « exploration » à pied pour trouver le meilleur endroit où bivouaquer. Nous nous installons, un soir dans un bois, l’autre dans 1 chambre ou encore à l’abri dans les tribunes d’un petit stade. La douche à l’eau froide est de rigueur tous les soirs et pas toujours agréable pour nous qui n’avons pas l’habitude. La nuit tombe vite et la soirée se termine à la lueur du feu et des lampes frontales.

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Non c’est pas vrai, on a pas froid!

Nous repartons au matin sous une pluie fine pour une longue montée à travers la forêt. Arrivés au sommet, nous préparons un feu pour se réchauffer et déjeuner. L’après-midi est plus facile, le ciel se dégage pour aborder une grande descente. La vitesse du tandem est impressionnante! Je me cale dans la roue de la remorque pour les suivre. Nous établissons le record de 67 km/h que nous n’arriverons pas à égaler par la suite. Jean-Michel nous prend pour des fous et décroche, il sait qu’il nous rattrapera plus bas. Nous atteignons la frontière Croate en fin de journée. La vision de cette simple barrière au milieu d’une petite route de campagne est absurde. Nous n’avons plus l’habitude de ce genre de Checkpoint en Europe. Je stress un peu à cause des nombreux mais indispensables médicaments qui remplissent mes sacoches, mais finalement tout se passe bien. Nous sommes heureux d’obtenir un nouveau tampon sur nos passeports presque vierges. Alexine demande les rudiments de vocabulaire « Bonjour, eau, merci » et se renseigne pour changer notre argent. Décidément ils sont complètement rôdés!

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Photo souvenir au passage de la frontière

La réalité de la Croatie est bien éloignée des affiches publicitaires des agences de voyages. Ici ce sont les vestiges d’une guerre pas si lointaine qui sont encore bien présents. Les maisons sont criblées d’impacts de balles. La traversée des villages a quelque chose de triste. Absolument toutes les maisons ont des stigmates et l’on ressent la violence des combats qui ont fait rage ici. Aux abords d’une ville moyenne se côtoient centre commerciaux flambant neufs et bâtiments en ruine. Il y a malgré tout une volonté de passer à autre chose qui commence à germer. Les personnes rencontrées sont très accueillantes, nous sommes même obligés de décliner l’invitation à déjeuner de Slobodan rencontré devant un supermarché.

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Vestiges de guerre

Quelques jours plus tard, nous atteignons la frontière Hongroise et là encore c’est un changement radical. De l’autre côté de la barrière, à moins de 500 mètres nous apercevons d’énormes silos à grain ainsi que des allers et venues de tracteurs tout aussi énormes.  Le dépaysement est terminé, on se croirait déjà en France. À la pause, nous nous interrogeons sur autant de disparités entre ces deux pays limitrophes. Nous faisons un soir la découverte de « l’hospitalité » Hongroise. Alors que Bastien se lave nu à l’orée d’un bois et que nous installons le campement sur le bord d’un étang, un groupe d’hommes en treillis militaire débarque en force pour vérifier ce que nous faisons. Après quelques explications, nous pouvons finalement rester pour la nuit. La Hongrie nous offre des paysages vallonnés et des maisons aux décorations Helvètes.

L’arrivée en Autriche sonne comme une victoire pour moi mais aussi et déjà comme la fin du voyage. Nous immortalisons ce moment avec une séance photo et fêtons aussi mes 8 mois de greffe avec des pizzas. J’avais beaucoup d’appréhension avant de partir à cause de mes difficultés de santé. Après deux ou trois jours d’adaptation, nous avons réussi à trouver notre place et nous intégrer à l’organisation d’Alexine et Bastien. Ce qui nous paraissait incongru comme frapper à la porte d’inconnus pour demander de l’eau est devenu une banalité. En remontant plein nord pendant 10 jours, nous avons aussi vécu l’automne version accélérée. Au départ les arbres étaient garnis de feuilles vertes puis au fur et à mesure les couleurs sont passées de l’orange au jaune pour finir par tomber.  La température à fait de même pour descendre d’une vingtaine de degrés au début à presque 0 degré les dernières nuits.

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Eglise typique Hongroise

Dernier bivouac, dernière matinée sous la pluie. Nous gagnons l’aéroport de Vienne par une piste cyclable. Le convoi est cocasse, le tandem s’est transformé en « porteur de carton », j’ai récupéré Alexine sur mon porte-bagages et Jean-Michel se retrouve avec une surcharge de bagages. Après avoir démonté nos vélos et pris un dernier déjeuner ensemble, nous nous séparons. Cette fois le cœur est plus léger, nous savons que la séparation est de courte durée. Derrière la vitre des magasins de luxe « duty free » qui contrastent avec les jours que nous venons de passer au plus près de la nature, nous les regardons partir, tous les deux, sous la pluie battante. Papa me prend dans ses bras. Il est très fier de ce que nous venons d’accomplir tous les quatre.

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Quel convoi

Grâce à cette aventure, je me sens encore plus fort et prêt à relever de nouveaux défis. Finalement ce périple aura tenu ses promesses même si les difficultés attendues n’auront pas été les plus dures. Pédaler chaque jour, à son rythme, pour atteindre 800 km en 10 jours s’est révélé être le moins difficile. La vie quotidienne en extérieur et l’inconfort le sont un peu plus mais la reconnexion à la nature aide à libérer complètement son esprit. Cette aventure aura aussi permis de concrétiser le partenariat qui unit Tand’un Rêve à Trans-Forme et j’espère donner de l’espoir aux personnes atteintes par la maladie. Nous rentrons avec une nouvelle mission, préparer le retour d’Alexine, Bastien et Théolou le 28 octobre 2017 à Saint-Césaire.  Pour eux c’est encore 2000 km en 23 jours qui les attendent avant les grandes retrouvailles…

Toutes les photos de la Serbie ici

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Une réflexion sur “La Serbie en vélo: Retrouvailles, défi et porteur d’espoir

  1. Merci au nouveau reporter pour ce bel et touchant article !
    Et merci pour ce bel exemple porteur pour toutes les autres personnes greffées ou dans l’attente d’une greffe.
    Cela me donne l’impression que vous êtes toujours en vadrouille…
    Toujours chouette de vous lire et que cela me donne envie !
    A bientôt pour la suite !

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